La feuille de jujubier (sidr) est la plante de la purification en médecine prophétique. Le Prophète ﷺ l'a prescrite pour la toilette mortuaire et le bain du converti, et ses saponines en font un savon végétal naturel. Aujourd'hui, elle s'utilise en poudre comme shampoing doux, en masque pour la peau, en pâte lavante pour le corps, et comme support du bain de roqya contre la sorcellerie, toujours accompagné de la récitation du Coran.
Le jujubier, appelé sidr (سدر) en arabe, est un arbre épineux de la famille des Rhamnacées, présent depuis l'Antiquité en Arabie, au Yémen, en Égypte et sur tout le pourtour méditerranéen. Peu d'arbres occupent une telle place dans la tradition islamique : le Coran le mentionne à trois reprises, le Prophète ﷺ a prescrit ses feuilles dans plusieurs hadiths authentiques, et les habitants de la péninsule arabique s'en servent encore comme savon et shampoing naturels.
Cet article présente l'arbre et son histoire, ce que les textes en disent, les bienfaits de ses feuilles pour l'hygiène, les cheveux et la peau, ainsi que son usage dans la roqya. Il s'inscrit dans notre guide de la médecine prophétique.
Un arbre ancien, du Hedjaz au Maghreb
Le genre Ziziphus compte une centaine d'espèces, mais deux d'entre elles correspondent au sidr des textes islamiques. La première, Ziziphus spina-christi, pousse à l'état naturel en Arabie, au Yémen, en Égypte, au Levant et jusqu'en Afrique de l'Est. C'est un arbre robuste pouvant atteindre huit mètres, aux rameaux épineux, aux petites feuilles ovales à trois nervures et aux fruits comestibles proches de la pomme par le goût. Sa résistance à la sécheresse en a fait l'un des arbres familiers du Hedjaz, et c'est lui que connaissaient les compagnons du Prophète ﷺ. La seconde, Ziziphus lotus, est le jujubier sauvage du Maghreb, appelé sedra au Maroc et en Algérie, où la pharmacopée traditionnelle l'emploie de la même manière depuis des siècles.
Une troisième espèce, Ziziphus jujuba, mérite d'être distinguée. Originaire de Chine septentrionale, elle est cultivée pour ses fruits, les jujubes, jusqu'en Provence et dans le Languedoc. Ses feuilles se vendent parfois sous le nom de sidr, mais ce jujubier fruitier n'est pas l'arbre visé par les hadiths. Pour un usage conforme à la tradition, on privilégiera des feuilles récoltées au Yémen, en Arabie, au Maroc ou en Algérie.
Dans quelle sourate le jujubier est-il mentionné ?
Le jujubier est le seul arbre que la révélation mentionne à la fois au paradis et sur terre.
La sourate An-Najm (versets 13 à 16) évoque le Sidrat al-Muntaha, le Jujubier de la Limite, qui marque la frontière du septième ciel et auprès duquel le Prophète ﷺ a vu l'ange Jibril sous sa forme véritable lors du voyage nocturne. Le hadith de l'ascension, rapporté par al-Bukhari et Muslim, décrit ses feuilles semblables à des oreilles d'éléphant et ses fruits gros comme des jarres.
La sourate Al-Waqi'a (verset 28) promet aux gens de la droite un séjour parmi « des jujubiers sans épines ». La sourate Saba (verset 16) mentionne enfin le jujubier terrestre dans le récit du peuple de Saba, dont les jardins luxuriants furent remplacés par des arbres amers, des tamaris « et quelques jujubiers ».
Les savants ont tiré de ces mentions un statut particulier, sans jamais attribuer à l'arbre terrestre une sacralité propre. Le jujubier du paradis dépasse toute description ; celui de ce monde en porte le nom, et son usage repose sur les enseignements du Prophète ﷺ, non sur une vertu magique de la plante.
Le sidr dans la sunna : la plante de la purification
Les hadiths prescrivant la feuille de jujubier concernent tous la purification. Lors du décès de sa fille Zaynab, le Prophète ﷺ ordonna aux femmes chargées de la laver :
« Lavez-la trois fois, cinq fois ou davantage si vous le jugez nécessaire, avec de l'eau et du sidr. »
La même instruction fut donnée pour le pèlerin mort en état d'ihram, et la toilette mortuaire musulmane se pratique encore aujourd'hui à l'eau mêlée de feuilles de jujubier.
À l'inverse, ce même bain marque l'entrée dans l'islam. Lorsque Qays ibn Asim vint se convertir, le Prophète ﷺ lui ordonna de se laver avec de l'eau et du sidr (rapporté par Abu Dawud, an-Nasa'i et at-Tirmidhi). Les ouvrages de fiqh citent en outre le sidr comme lavant pour la tête et les cheveux, notamment pour la femme qui se purifie après ses menstrues.
Du premier bain du converti à la dernière toilette du défunt, le fil conducteur est constant : dans la médecine prophétique, le sidr est la plante de la purification, comme le miel est celui de la guérison intérieure et la graine de nigelle le remède aux maux du corps.
Composition et propriétés des feuilles de jujubier
Le choix du jujubier pour les lavages rituels rejoint une réalité botanique observable : frottée dans l'eau, la feuille mousse. Elle doit cette propriété aux saponines, des composés tensioactifs naturels qui en font un véritable savon végétal, auxquels s'ajoutent des flavonoïdes, des tanins astringents et des mucilages adoucissants.
Avant la diffusion du savon industriel, la poudre de feuilles de sidr servait de shampoing et de nettoyant corporel dans toute la péninsule arabique et au Maghreb, un usage qui ne s'est jamais interrompu au Yémen.
La recherche contemporaine commence à documenter ces usages. Des études de laboratoire ont mesuré une activité antibactérienne des extraits de feuille de Ziziphus spina-christi, notamment contre la bactérie impliquée dans l'acné, ainsi que des propriétés antioxydantes. Ces travaux, menés in vitro ou sur l'animal, restent préliminaires : ils éclairent la tradition sans faire de la feuille un médicament.
Quels sont les bienfaits de la feuille de jujubier ?
Le tableau ci-dessous récapitule les usages de la feuille de sidr, détaillés ensuite un par un.
| Usage | Préparation | Ce qu'il faut retenir |
|---|---|---|
| Cheveux | Pâte de poudre de sidr et d'eau tiède, en shampoing | Lavage doux, cuirs chevelus sensibles, pellicules et démangeaisons ; fixe la couleur du henné |
| Peau | Masque de poudre et d'eau ou d'eau florale, 10 minutes | Resserre les pores, élimine l'excès de sébum, tradition contre boutons et irritations |
| Corps | Pâte lavante ou feuilles dans l'eau du bain | Remplace le gel douche, convient aux peaux irritées par les tensioactifs industriels |
| Purification rituelle | Eau mêlée de feuilles de sidr | Toilette mortuaire, ghusl du converti, lavage de la tête selon les ouvrages de fiqh |
| Roqya | 7 feuilles broyées dans une eau récitée | Traitement du sihr rapporté de Wahb ibn Munabbih ; la récitation du Coran est le cœur du remède |
Pour les cheveux
La poudre de sidr constitue l'un des shampoings végétaux les plus anciens. Deux à trois cuillères à soupe mélangées à de l'eau tiède donnent une pâte souple qui, émulsionnée puis massée sur cheveux mouillés, produit une mousse légère et nettoie sans décaper. Cette douceur convient aux cuirs chevelus sensibles, sujets aux pellicules ou aux démangeaisons. Les femmes du Maghreb l'associent traditionnellement au henné : le sidr lave les cheveux colorés sans faire dégorger la teinte, qu'il contribue au contraire à fixer.
Pour la peau
Mélangée à de l'eau ou à une eau florale, la même poudre s'applique en masque sur le visage pendant une dizaine de minutes. Les tanins resserrent les pores, les saponines éliminent l'excès de sébum, et la tradition marocaine emploie cette préparation contre les boutons et les irritations. Les premières études sur l'activité antibactérienne de la feuille vont dans le même sens pour les peaux à tendance acnéique. Un essai préalable au pli du coude est recommandé pour les peaux réactives.
Pour le corps
En pâte lavante ou versé dans l'eau du bain, le sidr remplace un gel douche et convient aux peaux irritées par les tensioactifs industriels. La pharmacopée traditionnelle du Maghreb applique aussi les feuilles écrasées sur les petites irritations cutanées, un usage domestique qui ne dispense pas d'un avis médical pour toute affection installée. La médecine prophétique n'a jamais opposé remèdes naturels et soins médicaux ; elle les associe.
Faut-il utiliser les feuilles de sidr dans la roqya ?
La feuille de jujubier est également le support du remède le plus connu contre la sorcellerie. La méthode dite des sept feuilles remonte à Wahb ibn Munabbih, savant du deuxième siècle de l'hégire cité par Ibn Hajar dans le Fath al-Bari, et le cheikh Ibn Baz l'a recommandée pour le traitement du sihr, en particulier celui qui sépare les époux : sept feuilles broyées dans l'eau, la récitation de versets déterminés sur cette eau, trois gorgées à boire, puis un lavage du corps avec le reste.
Le principe est celui de toute la médecine prophétique : la feuille est une cause, la récitation du Coran constitue le cœur du remède, et la guérison ne vient que d'Allah. Sans la récitation, il ne reste qu'une eau savonneuse. Le sana makki fait l'objet d'un usage comparable en roqya, sur le même principe.
Comment choisir et conserver ses feuilles de sidr ?
Les feuilles vendues en France proviennent pour l'essentiel du Yémen, d'Arabie, du Maroc ou d'Algérie, les régions correspondant aux espèces de la tradition ; le sidr de Médine jouit d'une réputation particulière. Quatre critères permettent de reconnaître une bonne qualité :
- L'origine : Yémen, Arabie, Maroc ou Algérie, pour rester sur les espèces des textes.
- L'aspect : des feuilles entières, d'un vert franc à vert-gris ; une poudre grisâtre et inodore a perdu ses propriétés.
- L'odeur : végétale et fraîche.
- La conservation : un contenant hermétique, à l'abri de la lumière et de l'humidité, pour une durée d'environ un an.
Les savants n'ont pas conditionné les usages, y compris le bain de roqya, à la fraîcheur des feuilles : les feuilles séchées et la poudre conviennent à toutes les préparations.
Quelques précautions s'imposent. L'usage externe ne présente pas de risque connu chez l'adulte. Pour la boisson, la tradition ne rapporte que des prises ponctuelles, comme les trois gorgées du traitement de roqya ; rien ne documente une consommation quotidienne prolongée. La femme enceinte s'en tiendra à l'usage externe et demandera un avis médical avant d'en boire, et le sidr accompagne un traitement médical sans jamais s'y substituer.
Arbre du Coran, prescrit par le Prophète ﷺ pour les grands lavages de l'existence, savon végétal dont chacun peut vérifier la mousse, le jujubier réunit dans ses feuilles la tradition et l'observation. Dans la médecine prophétique, il demeure la plante de la purification du corps et de l'âme, une cause parmi les causes créées par Allah, de qui vient toute guérison.
Questions fréquentes
Quelle différence entre le sidr et le henné ?
Les deux poudres se ressemblent, mais le sidr ne colore pas : il lave et apaise, quand le henné teinte et gaine. On les associe souvent, le sidr servant de base lavante qui fixe la couleur du henné au lieu de la faire dégorger.
Peut-on utiliser la poudre de sidr comme shampoing régulier ?
Oui, c'est un lavant doux adapté à un usage fréquent. Deux lavages par semaine suffisent à la plupart des chevelures.
Le sidr est-il l'arbre du paradis ?
Le Sidrat al-Muntaha de la sourate An-Najm est un jujubier céleste que nulle créature ne peut décrire, selon le hadith de l'ascension. L'arbre terrestre en porte le nom sans lui être identique, et son usage repose sur la sunna, non sur une sacralité de la plante : l'attachement du cœur revient à Allah seul.
La feuille de jujubier soigne-t-elle les maladies ?
Elle nettoie et apaise la peau et le cuir chevelu, et des études de laboratoire suggèrent des propriétés antibactériennes et antioxydantes. Pour une maladie déclarée, la consultation d'un médecin demeure indispensable.
Quel lien entre la feuille de jujubier et la sorcellerie ?
La tradition rapporte la méthode des sept feuilles pour le traitement du sihr, toujours accompagnée de la récitation du Coran. La feuille n'est qu'une cause : la récitation constitue le cœur du remède, et la guérison ne vient que d'Allah.