Le louban dakar, ou loubane, est la résine de l'arbre à encens (Boswellia), appelée oliban en français. La tradition arabo-musulmane le mâche pour l'haleine et la digestion, le boit en eau de macération et le brûle en fumigation pour assainir l'air. Ibn al-Qayyim lui consacre une entrée dans la Médecine prophétique, et la recherche moderne étudie ses acides boswelliques pour leurs effets anti-inflammatoires, notamment sur les articulations. Il ne figure toutefois pas parmi les remèdes prescrits par le Prophète ﷺ.
Le louban, appelé aussi loubane ou louban dakar, est une résine aromatique parmi les plus anciennes du monde. Cet article explique ce qu'est le louban, sa place réelle dans la tradition islamique, et comment le consommer ou l'utiliser chez soi. Il s'inscrit dans notre guide de la médecine prophétique.
Qu'est-ce que le louban dakar et que signifie-t-il en français ?
Le louban, en français oliban (ou frankincense en anglais), est la gomme-résine de l'arbre à encens, le Boswellia, un arbre de la famille des Burséracées qui pousse dans la corne de l'Afrique, au Yémen, à Oman et au Soudan. On incise l'écorce du tronc ; la sève s'écoule et, au contact de l'air, se fige en larmes translucides de couleur blanche à ocre, que l'on récolte à la main. Le mot arabe lubân (لبان) vient de la racine du lait, en référence à la couleur laiteuse de la sève fraîche.
Quant au « dakar », il ne désigne pas la capitale du Sénégal : c'est la prononciation du mot arabe dhakar (ذكر), « mâle ». Le louban dhakar, littéralement « encens mâle », désigne les plus belles larmes de résine, les plus grosses et les plus claires, par opposition aux grades inférieurs. La popularité de cette résine sur les marchés d'Afrique de l'Ouest a fini par installer l'orthographe « dakar » dans l'usage.
Précisons enfin une confusion fréquente des boutiques en ligne : le louban n'est pas une gomme arabique. La gomme arabique provient de l'acacia et n'a ni le parfum ni les propriétés de l'oliban.
Le louban est-il prescrit en médecine prophétique ?
Il n'est pas mentionné dans le Coran, et le hadith que l'on croise partout, « Encensez vos maisons avec l'oliban et le thym », n'est pas authentique. Ibn al-Qayyim le rapporte lui-même dans la Médecine prophétique en précisant sa faiblesse. Le louban ne fait donc pas partie des remèdes prescrits par le Prophète ﷺ au même titre que le miel, la graine de nigelle ou le sidr.
Sa place dans la tradition n'en est pas moins réelle. Ibn al-Qayyim consacre au lubân, aussi appelé kundur, une entrée entière de la Médecine prophétique, chapitre de son Zad al-Ma'ad, où il détaille ses usages selon la science médicale de l'époque : bénéfique pour l'estomac, la digestion et la mémoire. Il rapporte notamment la parole de Ali ibn Abi Talib à un homme qui se plaignait de l'oubli : « Utilise le kundur, car il renforce le cœur et fait disparaître l'oubli. »
Des paroles semblables sont attribuées à d'autres compagnons. Ce sont des athar, des paroles de compagnons dont l'authenticité est discutée, et non des hadiths du Prophète ﷺ. Le louban appartient donc à la médecine traditionnelle arabo-musulmane documentée par les savants, plus qu'à la sunna proprement dite. Cette distinction, la plupart des sites marchands ne la font pas.
Composition : ce que contient la résine d'oliban
La résine de Boswellia contient une fraction aromatique, l'huile essentielle qui lui donne son parfum boisé et citronné, et une fraction résineuse riche en acides boswelliques, les composés qui intéressent la recherche. Ces acides inhibent une enzyme clé de l'inflammation, la 5-lipoxygénase, ce qui explique l'essentiel des travaux scientifiques menés sur cette résine.
Les données cliniques les plus solides concernent les articulations : une méta-analyse regroupant sept essais et 545 participants a conclu que les extraits de Boswellia réduisent la douleur et la raideur et améliorent la fonction articulaire chez les personnes souffrant d'arthrose.
Ces essais portent sur des extraits standardisés en gélules, dosés en acides boswelliques, et non sur la résine brute que l'on mâche ou que l'on infuse. Les résultats d'un extrait concentré ne se transposent pas automatiquement à l'eau de louban maison, et les allégations qui prêtent à cette résine la guérison du cancer ou de l'hypertension ne reposent sur aucune preuve clinique.
Quels sont les bienfaits du louban dakar ?
| Usage | Forme | Ce qu'il faut retenir |
|---|---|---|
| Digestion et bouche | Mastication d'une larme de résine comestible | Usage traditionnel pour l'haleine, les gencives et le confort digestif |
| Articulations | Extraits standardisés de Boswellia (gélules) | Acides boswelliques anti-inflammatoires ; essais cliniques sur l'arthrose |
| Air et esprit | Fumigation sur charbon ardent | Assainit et parfume la pièce, favorise l'apaisement et la concentration |
| Peau | Résine macérée ou diluée dans une huile végétale | Usage traditionnel pour hydrater et apaiser les petites irritations |
| Mémoire | Eau de louban ou mastication à jeun | Usage rapporté des anciens, cité par Ibn al-Qayyim ; non démontré cliniquement |
Pour la digestion et la bouche
C'est l'usage quotidien le plus répandu du louban dhakar de qualité comestible : on mâche une larme de résine comme une gomme, longuement, parfois avec une pincée de sucre ou un peu de miel pour en adoucir l'amertume. La tradition, du Golfe au Sénégal, lui prête un effet rafraîchissant sur l'haleine, un soutien des gencives et un apaisement des lourdeurs digestives. La mastication stimule par ailleurs la salivation, ce qui participe à l'hygiène de la bouche.
Pour les articulations et l'inflammation
C'est le terrain le mieux documenté scientifiquement, avec les essais cliniques sur l'arthrose évoqués plus haut. Les personnes qui souhaitent un effet articulaire réel se tourneront vers des extraits standardisés de Boswellia en complément alimentaire, dosés en acides boswelliques, plutôt que vers la résine brute, et en parleront à leur médecin si elles suivent déjà un traitement.
Pour l'air et l'apaisement
Brûlé sur un charbon ardent, le louban dégage une fumée blanche au parfum boisé qui assainit et parfume la pièce. C'est l'usage d'accueil et de purification des maisons du Golfe, du Yémen et d'Afrique. Beaucoup l'utilisent pour créer une atmosphère propice au calme, à la lecture du Coran ou à l'étude. Aérez la pièce après la fumigation, comme pour tout encens.
Pour la peau
La tradition utilise le louban macéré dans l'eau ou dilué dans une huile végétale, comme l'huile d'amande douce, en application sur la peau pour l'hydrater et apaiser les petites irritations. Certaines préparations maison l'incorporent à un beurre de karité fondu pour en faire une crème. Pour toute affection cutanée installée, l'avis d'un professionnel reste la règle.
Pour la mémoire
C'est l'usage le plus cité dans la tradition, appuyé sur les paroles rapportées des compagnons : mâcher le louban à jeun ou boire son eau de macération pour fortifier la mémoire. La recherche moderne n'a pas confirmé cet effet chez l'humain à ce jour. Vous pouvez l'adopter comme un usage de la tradition, sans lui demander ce qu'aucune étude ne lui a encore reconnu.
Comment utiliser le louban ?
Quatre préparations couvrent l'essentiel des usages :
- La mastication : prenez une larme de résine de qualité comestible et mâchez-la comme une gomme, seule ou trempée au préalable dans du miel. Elle blanchit et s'assouplit en bouche.
- L'eau de louban : laissez macérer environ 30 g de résine dans un litre d'eau une nuit entière. L'eau prend une teinte blanchâtre et légèrement visqueuse, c'est normal. Filtrez si besoin et buvez par petites gorgées dans la journée, en usage ponctuel.
- La fumigation : déposez quelques larmes sur un charbon ardent, dans un encensoir, et laissez la fumée parfumer la pièce avant d'aérer.
- Le macérat huileux : diluez quelques larmes broyées dans une huile végétale vierge et utilisez cette huile en massage ou en soin de la peau.
Comment bien choisir son louban ?
Toutes les résines vendues sous ce nom ne se valent pas. Le premier critère est la qualité : seule la résine de grade comestible, souvent dite catégorie A, se mâche et se boit ; les grades inférieurs, moins chers, sont destinés à la fumigation uniquement.
Le second est l'origine : l'oliban d'Oman et du Yémen (Boswellia sacra) passe pour le plus fin, celui de Somalie (Boswellia carterii et frereana) et du Soudan (Boswellia papyrifera, souvent vendu comme « encens du Soudan ») domine le marché ; les compléments alimentaires utilisent surtout le Boswellia serrata d'Inde.
Enfin, l'aspect : préférez des larmes entières, translucides, du blanc laiteux à l'ocre clair, au parfum net quand on les chauffe dans la main.
Précautions d'usage
Le louban comestible mâché ou bu ponctuellement ne présente pas de risque connu chez l'adulte en bonne santé. Restez néanmoins mesuré, car la tradition en fait un usage ponctuel, pas une consommation continue. La femme enceinte ou allaitante s'abstiendra d'en consommer sans avis médical, par précaution.
Les extraits concentrés de Boswellia peuvent interagir avec certains traitements, notamment anticoagulants et anti-inflammatoires : demandez conseil à votre médecin ou pharmacien avant d'en prendre en complément. Et ne fumigez jamais une résine de qualité encens dans l'idée de la consommer ensuite : les grades ne sont pas interchangeables.
Résine des arbres de la corne de l'Afrique et d'Arabie, le louban dakar traverse l'histoire comme parfum, gomme à mâcher et remède traditionnel. La tradition islamique le connaît par la plume d'Ibn al-Qayyim et les paroles rapportées des compagnons, la science moderne par ses acides boswelliques anti-inflammatoires. Utilisez-le pour ce qu'il donne réellement — une bouche saine, une maison parfumée, un moment d'apaisement — et gardez pour les remèdes confirmés de la sunna, comme le miel ou la graine de nigelle, le rang que le Prophète ﷺ leur a donné.
Questions fréquentes
Que veut dire louban en français ?
Louban se traduit par oliban, la résine de l'arbre à encens (Boswellia). « Dakar » vient de l'arabe dhakar, « mâle » : le louban dhakar est l'encens mâle, le grade aux larmes les plus grosses et les plus claires. Le nom ne vient pas de la ville de Dakar.
Le louban est-il mentionné dans le Coran ou les hadiths ?
Non pour le Coran. Le hadith « Encensez vos maisons avec l'oliban et le thym » circule beaucoup mais n'est pas authentique, comme le précise Ibn al-Qayyim. Il existe en revanche des paroles rapportées de compagnons, comme celle de Ali sur la mémoire, et une entrée détaillée dans la Médecine prophétique d'Ibn al-Qayyim.
Quelle est la différence entre le louban et la gomme arabique ?
Ce sont deux résines différentes. Le louban provient du Boswellia, l'arbre à encens, et il est aromatique ; la gomme arabique provient de l'acacia, elle est quasi inodore et sert surtout d'épaississant alimentaire.
Peut-on avaler le louban après l'avoir mâché ?
La résine comestible se mâche comme une gomme et se recrache généralement une fois qu'elle a perdu son goût. En avaler de petites quantités n'est pas dangereux, mais elle n'est pas destinée à être ingérée en masse.
Peut-on boire l'eau de louban tous les jours ?
La tradition en fait des cures ponctuelles plutôt qu'une boisson quotidienne, et rien ne documente une consommation prolongée. Buvez-la par périodes courtes, et demandez un avis médical si vous suivez un traitement.
Le louban soigne-t-il l'arthrose ?
Des essais cliniques montrent que des extraits standardisés de Boswellia réduisent la douleur et la raideur de l'arthrose. Ces résultats concernent des gélules dosées en acides boswelliques, pas la résine brute. Parlez-en à votre médecin avant toute supplémentation.