L'essentiel en 30 secondes

Le Prophète ﷺ soignait les douleurs, les abcès et les blessures avec un peu de terre et de salive, en prononçant une courte invocation rapportée par Al-Boukhari et Mouslim. Il faut mouiller son index avec sa salive, le poser sur une terre propre, puis le passer sur l'endroit qui fait mal en disant « Bismillâh, turbatu ardinâ, bi rîqati ba'dinâ, yuchfâ saqîmunâ, bi idhni rabbinâ ». Selon la majorité des savants, toute terre convient et chaque musulman peut faire ce soin sur lui-même ou sur un proche, alors qu'une plaie profonde ou sale doit d'abord être montrée à un médecin.

'Âisha, la mère des croyants, raconte que lorsqu'une personne se plaignait d'une douleur, d'un abcès ou d'une blessure, le Prophète ﷺ posait son index sur le sol, le relevait, puis le passait sur le malade en prononçant quelques mots. Ce soin, que l'on appelle souvent la roqya par la terre, se fait à la maison sans aucun matériel, à condition de suivre la façon de faire expliquée par les savants et de dire l'invocation exacte.

Dans ce geste, le Prophète ﷺ réunit un remède à la portée de tout le monde et une invocation qui remet la guérison entre les mains d'Allah, puisqu'elle commence par Son nom et se termine par les mots « par la permission de notre Seigneur ».

Que dit le hadith sur la guérison par la terre ?

Al-Boukhari (n° 5745 et 5746) et Mouslim (n° 2194) ont rapporté ce hadith de 'Âisha dans leurs Sahîh, les deux recueils les plus sûrs de la Sunna. Dans la version d'Al-Boukhari, le Prophète ﷺ disait ces mots pour le malade.

بِسْمِ اللَّهِ، تُرْبَةُ أَرْضِنَا، بِرِيقَةِ بَعْضِنَا، يُشْفَى سَقِيمُنَا، بِإِذْنِ رَبِّنَا

« Au nom d'Allah, la terre de notre sol, avec la salive de l'un d'entre nous, notre malade est guéri, par la permission de notre Seigneur. »

— Al-Boukhari n° 5745 et 5746, Mouslim n° 2194

Mouslim rapporte le même hadith avec plus de détails. 'Âisha y précise que le Prophète ﷺ faisait ce soin quand quelqu'un se plaignait d'un mal, ou quand il avait un ulcère ou une blessure. Sufyân ibn 'Uyayna, qui fait partie des rapporteurs du hadith, montrait le geste à ses élèves en posant son index sur le sol puis en le relevant.

Le Prophète ﷺ soignait donc la personne qui avait mal à un endroit du corps, celle qui avait un ulcère, c'est-à-dire une plaie ou un abcès qui tarde à guérir, et celle qui s'était blessée. Chaque fois, il passait le doigt sur la peau, à l'endroit du mal, et rien dans le texte ne parle d'avaler de la terre ou de la boire mélangée à de l'eau.

Vous pouvez apprendre cette invocation en quelques minutes, même sans parler arabe, car elle se compose de cinq petits groupes de mots. Le tableau reprend chacun d'eux avec sa prononciation et sa traduction.

En arabePrononciationSens
بِسْمِ اللَّهِBismillâhAu nom d'Allah
تُرْبَةُ أَرْضِنَاTurbatu ardinâLa terre de notre sol
بِرِيقَةِ بَعْضِنَاBi rîqati ba'dinâAvec la salive de l'un d'entre nous
يُشْفَى سَقِيمُنَاYuchfâ saqîmunâNotre malade est guéri
بِإِذْنِ رَبِّنَاBi idhni rabbinâPar la permission de notre Seigneur

Mouslim rapporte une formulation très proche, « Bismillâh, turbatu ardinâ, bi rîqati ba'dinâ, li-yuchfâ bihi saqîmunâ, bi idhni rabbinâ », dans laquelle le Prophète ﷺ dit « pour que notre malade en soit guéri ». Les deux versions sont authentiques et vous pouvez dire l'une ou l'autre. L'imam An-Nawawi précise que l'invocation se prononce au moment où l'on passe le doigt sur l'endroit douloureux, et non avant ou après le geste.

Comment faire la roqya avec la terre ?

Dans son commentaire du Sahîh de Mouslim, l'imam An-Nawawi décrit le geste avec précision. La personne prend un peu de sa propre salive sur son index, pose ce doigt sur la terre pour qu'un peu de poussière y reste collée, puis le passe sur la blessure ou sur l'endroit malade en disant l'invocation. Le Comité permanent des savants d'Arabie saoudite a repris la même description dans sa fatwa n° 19304.

1. Les gestes, étape par étape

  • Préparer : se laver les mains et prendre un peu de terre propre et sèche.
  • Humecter : mouiller le bout de l'index avec un peu de sa salive.
  • Prendre la terre : poser l'index sur la terre, puis le relever avec la fine poussière qui s'y est collée.
  • Passer le doigt : le passer doucement sur l'endroit qui fait mal en disant « Bismillâh, turbatu ardinâ, bi rîqati ba'dinâ, yuchfâ saqîmunâ, bi idhni rabbinâ ».

Vous pouvez faire ce geste sur vous-même avec votre propre salive, ou sur un proche, comme une mère le ferait pour son enfant qui s'est écorché le genou. Pour la majorité des savants, les mots « la salive de l'un d'entre nous » montrent que ce soin n'est pas réservé au Prophète ﷺ et que tout musulman peut le pratiquer. Les savants qui ont expliqué ce hadith rappellent aussi que la roqya profite à celui qui la fait avec certitude, en comptant sur Allah et non sur la poussière elle-même.

2. Faut-il utiliser de la terre de Médine ?

An-Nawawi rapporte que les savants ont compris les mots « la terre de notre sol » de deux manières. Pour les uns, le Prophète ﷺ parlait de la terre en général, et chacun peut donc utiliser la terre du pays où il vit. Pour d'autres, il parlait de la terre de Médine en raison de sa bénédiction, et quelques-uns ont même pensé que ce soin était propre au Prophète ﷺ. Le Comité permanent a retenu le premier avis, puisqu'aucune preuve ne limite ce soin à Médine ou à la personne du Prophète ﷺ, et Cheikh Ibn 'Uthaymîn l'a lui aussi attribué à la majorité des savants.

Il faut en revanche choisir une terre propre. Ibn al-Qayyim parle de terre pure, et il vaut mieux éviter la terre d'un bord de route, d'un potager qui reçoit de l'engrais ou d'un endroit où passent des animaux. Une terre sèche prise à la surface d'un coin propre convient, et vous pouvez en garder un peu à part dans un pot fermé pour l'avoir sous la main.

Pourquoi la terre aide-t-elle à soigner les plaies ?

Ibn al-Qayyim commente ce hadith dans Zâd al-Ma'âd, dans les chapitres sur la médecine du Prophète ﷺ que l'on publie aujourd'hui sous le titre At-Tibb an-Nabawî. Il présente ce soin comme un remède simple, facile et utile pour les plaies et les blessures récentes, surtout quand on n'a pas d'autre médicament. Selon lui, la terre pure est de nature froide et sèche, elle assèche l'humidité des plaies, et cette humidité empêche la blessure de se refermer vite, en particulier dans les pays chauds. Dans le même livre, il détaille les autres remèdes prophétiques, de la nigelle au miel en passant par le costus indien.

Ibn al-Qayyim raisonne ici avec la médecine de son époque, qui classait les remèdes selon le chaud, le froid, le sec et l'humide. La recherche moderne s'intéresse elle aussi beaucoup à la terre. Le microbiologiste Selman Waksman a découvert en 1943 la streptomycine dans une bactérie qui vit dans le sol, ce qui lui a valu le prix Nobel en 1952, et une grande partie des familles d'antibiotiques utilisées aujourd'hui vient de ces bactéries. En 2015, des chercheurs ont encore publié dans la revue Nature la découverte de la teixobactine, un nouvel antibiotique tiré lui aussi d'une bactérie du sol. Aucune de ces études n'a porté sur la poussière posée sur une plaie, et on ne peut donc pas en tirer d'effet médical pour ce soin.

Peut-on se soigner avec la boue ou l'argile ?

En dehors du geste de la Sunna, la boue et l'argile servent de remède naturel depuis des siècles. Les stations thermales appellent ce soin la fangothérapie, du mot italien fango qui veut dire boue, ou la péloïdothérapie, parce que la boue médicale porte le nom de péloïde. Ce péloïde est un mélange d'eau minérale ou d'eau de mer et de matières minérales ou organiques que l'on laisse mûrir plusieurs semaines, parfois plusieurs mois, avant de le poser chaud sur le corps. En France, la ville de Dax est connue pour sa boue thermale, utilisée depuis longtemps dans les cures de rhumatologie.

Pour l'arthrose du genou, les études donnent des résultats encourageants. Une méta-analyse publiée en 2024 dans l'International Journal of Biometeorology, qui porte sur dix essais et 520 patients, conclut que la boue appliquée sur le genou diminue la douleur et améliore la mobilité, tout en demandant d'autres essais de bonne qualité pour le confirmer. Le Prophète ﷺ ayant ordonné de se soigner, un musulman peut utiliser ces remèdes du moment qu'ils sont utiles et qu'ils ne font pas de tort. Toutes les boues et toutes les argiles ne s'utilisent pas de la même façon, et il faut choisir selon le problème à soigner.

1. La boue thermale

  • Pour quoi : l'arthrose, les rhumatismes, les douleurs du dos et les raideurs des articulations.
  • Comment : dans un établissement thermal, le plus souvent pendant une cure de trois semaines prescrite par un médecin. Le soignant enveloppe la boue chaude dans un linge et la pose 10 à 20 minutes sur les zones douloureuses.
  • À éviter : sur une plaie ou un eczéma, pendant une poussée inflammatoire ou une fièvre, en cas d'insuffisance veineuse ou de problème cardiaque grave.

2. La boue de la mer Morte

  • Pour quoi : le psoriasis et certaines douleurs articulaires. Une revue systématique publiée en 2012 dans Seminars in Arthritis and Rheumatism relève de bons résultats sur le psoriasis, l'arthrite psoriasique et l'arthrose du genou.
  • Comment : ces résultats viennent surtout de séjours sur place, où les patients associent les bains dans l'eau très salée, le soleil et la boue. À la maison, la boue vendue en pot s'étale en couche fine sur les plaques ou les articulations, puis se rince en suivant la notice.
  • À éviter : sur une peau blessée ou irritée. Rester prudent avec le soleil, car les séjours prolongés au bord de la mer Morte abîment davantage la peau.

3. L'argile verte

  • Pour quoi : la naturopathie l'utilise en cataplasme froid sur une articulation enflammée, une tendinite, une petite entorse, un bleu, une douleur musculaire ou un bouton, car elle absorbe beaucoup.
  • Comment : mélanger la poudre avec de l'eau dans un bol en verre, en céramique ou en bois, jamais en métal, laisser reposer 10 à 30 minutes jusqu'à obtenir une pâte épaisse, puis la poser en couche épaisse une à deux heures en la retirant avant qu'elle ne sèche complètement.
  • À éviter : sur une plaie profonde, et ne jamais réutiliser une argile qui a déjà servi.

4. L'argile blanche (kaolin)

  • Pour quoi : les peaux sensibles, sèches ou qui réagissent facilement, parce qu'elle est plus douce et absorbe moins que l'argile verte.
  • Comment : la mélanger avec un peu d'eau pour en faire un masque ou un petit cataplasme, puis rincer à l'eau tiède avant qu'elle ne sèche.

5. Le rhassoul

  • Pour quoi : cette argile du Maroc, que l'on appelle aussi ghassoul, d'un mot arabe qui veut dire laver, sert à nettoyer la peau et les cheveux, surtout quand ils sont gras ou mixtes.
  • Comment : la mélanger avec de l'eau tiède jusqu'à obtenir une pâte lisse, l'étaler sur le corps ou les cheveux en massant, puis rincer. Au hammam, elle s'utilise avec le savon noir, le gant de kessa et l'huile d'argan.

Les précautions à prendre avec la boue et l'argile

  • Ne pas en avaler sans avis médical : en 2016, la FDA américaine a mis en garde contre des argiles bentonite vendues pour être avalées, qui contenaient trop de plomb, et en 2019 l'ANSM a déconseillé les médicaments à base d'argile, comme le Smecta, chez l'enfant de moins de deux ans pour la même raison.
  • Jamais sur une plaie ouverte, une brûlure ou un eczéma.
  • Grossesse, cœur, circulation : demander l'avis de son médecin avant un soin à la boue chaude.
  • Choisir une argile vendue pour la peau, et la jeter après chaque utilisation.

Pour savoir quelle argile ou quelle boue convient à votre douleur, et comment l'associer aux remèdes prophétiques, un naturopathe peut étudier votre situation lors d'une consultation.

Quelles autres invocations dire pour un malade ?

Quand le mal ne se limite pas à une plaie ou à un point précis, le Prophète ﷺ enseignait d'autres invocations, rapportées elles aussi dans les recueils authentiques, que vous pouvez dire le même jour.

'Uthmân ibn Abî al-'Âs s'est plaint au Prophète ﷺ d'une douleur qu'il ressentait dans son corps. Le Prophète ﷺ lui a dit de poser la main à l'endroit du mal, de dire trois fois « Bismillâh », puis sept fois la phrase suivante.

أَعُوذُ بِاللَّهِ وَقُدْرَتِهِ مِنْ شَرِّ مَا أَجِدُ وَأُحَاذِرُ

« A'ûdhu billâhi wa qudratihi min charri mâ ajidu wa uhâdhir » — je cherche protection auprès d'Allah et de Sa puissance contre le mal que je ressens et que je redoute.

— Mouslim n° 2202

'Âisha rapporte aussi que le Prophète ﷺ passait sa main droite sur certains membres de sa famille quand ils étaient malades, en disant l'invocation suivante.

اللَّهُمَّ رَبَّ النَّاسِ، أَذْهِبِ الْبَاسَ، اشْفِهِ وَأَنْتَ الشَّافِي، لَا شِفَاءَ إِلَّا شِفَاؤُكَ، شِفَاءً لَا يُغَادِرُ سَقَمًا

« Allâhumma rabba an-nâs, adhhib al-ba's, ichfihi wa anta ach-Châfî, lâ chifâ'a illâ chifâ'uk, chifâ'an lâ yughâdiru saqamâ » — ô Allah, Seigneur des hommes, fais disparaître le mal et guéris-le, Tu es Celui qui guérit, il n'y a de guérison que la Tienne, une guérison qui ne laisse aucune maladie.

— Al-Boukhari n° 5743, Mouslim n° 2191

Ces invocations font partie de la médecine prophétique au même titre que les remèdes naturels, et vous pouvez les dire en accompagnement de n'importe quel traitement.

Dans quels cas faut-il d'abord voir un médecin ?

Vous pouvez faire la roqya par la terre pour une douleur à un endroit précis, un bleu, une égratignure ou un petit bouton qui s'infecte. Il faut en revanche voir un médecin avant tout le reste dans les cas suivants :

  • une plaie profonde, qui saigne beaucoup ou dont les bords restent écartés ;
  • une blessure faite avec un objet sale ou rouillé, ou déjà pleine de terre ;
  • une morsure d'animal ou une brûlure ;
  • une plaie qui devient rouge, chaude et gonflée, ou qui s'accompagne de fièvre ;
  • toute blessure chez une personne diabétique ou qui prend un traitement qui fait saigner facilement.

La bactérie du tétanos vit sous forme de spores dans presque tous les sols, et il faut donc vérifier que votre vaccin antitétanique est à jour. En France, les rappels se font à 25, 45 et 65 ans, puis tous les dix ans, et une plaie souillée de terre ou de rouille peut justifier un rappel même quand le dernier date de moins de dix ans.

Le Prophète ﷺ a lui-même ordonné de se soigner. Oussâma ibn Charîk rapporte qu'il a dit : « Soignez-vous, car Allah n'a pas placé de maladie sans lui placer un remède, à part une seule, la vieillesse » (Abou Dâwoud n° 3855, At-Tirmidhî n° 2038). Aller chez le médecin et faire la roqya vont donc ensemble, et rien n'empêche de dire l'invocation pour un proche pendant qu'il reçoit ses soins.

Il ne faut pas non plus avaler de la terre en pensant suivre ce hadith, qui parle seulement d'un soin posé sur la peau. L'imam An-Nawawi a expliqué qu'aucun hadith authentique n'existe sur le fait de manger de la terre, et l'imam Ahmad le déconseillait parce que cela fait du tort au corps, ce qui suffit à l'interdire dès que ce tort est établi.

Si la douleur revient sans cesse, si une plaie ne guérit pas malgré les soins ou si une maladie s'installe, il vaut mieux faire le point avec une personne qui connaît la médecine prophétique et qui tient compte de vos traitements. Le Professeur Akim Bouterra, formateur à la mosquée du Prophète ﷺ à Médine et spécialiste du Tibb Nabawi depuis plus de trente ans, étudie votre situation avant l'appel, puis vous remet un protocole écrit avec les remèdes, les quantités et la durée du traitement. Les consultations se font par téléphone ou par WhatsApp, avec des échanges écrits pour les femmes sans mahram, et elles viennent en complément de votre suivi médical : découvrir la consultation de médecine prophétique avec le Professeur Akim.