Oui, l'urine de chameau est un remède de la médecine prophétique, prescrit par le Prophète ﷺ aux gens de 'Urayna dans un hadith authentique rapporté par al-Bukhari et Muslim. La tradition l'emploie en boisson mêlée au lait de chamelle et en applications sur la peau et les cheveux, et des chercheurs saoudiens travaillent aujourd'hui à isoler ses substances actives pour en tirer un médicament contre le cancer. Les preuves cliniques restent à établir et l'OMS appelle à la prudence sur la consommation crue, deux réalités que nous exposons ici avec la même franchise.
L'urine de chameau ne laisse personne indifférent, et les personnes que nous accompagnons nous interrogent souvent à son sujet, parfois avec gêne, parfois avec espoir. Elles méritent une réponse complète : celle des textes, celle de la tradition vivante des pays d'élevage, et celle des laboratoires qui redécouvrent aujourd'hui ce que la sunna avait désigné il y a quatorze siècles. Cet article s'inscrit dans notre guide de la médecine prophétique.
Un remède prescrit par le Prophète ﷺ
Al-Bukhari et Muslim rapportent qu'un groupe des tribus de 'Ukl et de 'Urayna arriva à Médine et embrassa l'islam. Le climat de la ville les rendit malades, le ventre gonflé et le teint jauni selon les versions. Le Prophète ﷺ leur ordonna de rejoindre le troupeau de chamelles et de boire de leur lait et de leur urine. Ils le firent et recouvrèrent la santé.
Le hadith figure au plus haut degré d'authenticité, et le musulman peut l'affirmer la tête haute face aux moqueries, d'autant que la science donne aujourd'hui des raisons sérieuses de le prendre au sérieux. Avicenne recommandait cette urine dans son Canon, Ibn al-Qayyim lui consacre un passage de la Médecine prophétique en l'associant aux affections du ventre comme l'hydropisie — ce gonflement dont souffraient justement les gens de 'Urayna — et les nomades chameliers du monde entier l'ont intégrée à leur pharmacopée. Un remède transmis par la révélation, confirmé par mille ans de pratique : voilà le point de départ.
Le risque sanitaire selon l'OMS : le MERS-CoV
Voici la donnée qui change tout, et que la plupart des contenus sur ce sujet passent sous silence. Depuis 2012, un coronavirus appelé MERS-CoV circule dans la péninsule arabique, avec plus de 2 500 cas confirmés et plus de 880 décès notifiés à l'OMS, soit une létalité supérieure à un tiers. Le dromadaire en est le principal réservoir animal identifié. Pour cette raison, l'Organisation mondiale de la santé recommande explicitement, dans ses bulletins successifs, d'éviter de boire du lait cru de chamelle et de l'urine de chameau, et de ne consommer la viande de chameau que bien cuite.
Autrement dit, boire de l'urine de chameau aujourd'hui expose à un risque infectieux documenté, pour un bénéfice qu'aucune étude clinique n'a établi. Ce constat ne contredit pas le hadith : il décrit l'état sanitaire présent des troupeaux, que personne au temps de la révélation n'avait à connaître. La religion elle-même tranche ce genre de situation, car la préservation de la vie et de la santé compte parmi ses finalités supérieures, et le Prophète ﷺ a ordonné de fuir la contagion comme on fuit un lion.
Quelles sont les caractéristiques de l'urine de chameau ?
Le rein du dromadaire est une merveille d'ingénierie divine, capable de recycler l'eau et de concentrer les déchets pour survivre au désert. L'urine qui en sort a une composition sans équivalent chez les mammifères, et les analyses de laboratoire l'ont confirmée point par point : pas d'ammoniac, très peu d'urée, un pH basique, une concentration en sels minéraux environ dix fois supérieure à celle de l'urine humaine. Sur cette base, des équipes de la péninsule arabique ont multiplié les travaux et observé :
- Une action contre des champignons et levures comme Candida albicans et Aspergillus niger, y compris après chauffage ;
- Un effet antiagrégant plaquettaire, qui réduit les risques de thrombose in vitro ;
- L'inhibition de la prolifération de plusieurs lignées de cellules cancéreuses en laboratoire, avec un effet marginal sur les cellules saines ;
- Des propriétés hépato-protectrices et antiparasitaires chez l'animal, notamment contre la douve du foie.
Ces résultats relèvent du laboratoire et de l'animal, l'étape des essais cliniques humains restant à franchir. C'est précisément le chantier en cours.
Vers un médicament issu de l'urine de chameau ?
À l'université du Roi Abdulaziz de Djeddah, l'équipe de la chercheuse Faten Khorshid a extrait de l'urine de chameau une substance aux propriétés anticancéreuses, testée in vitro puis chez l'animal, et engagée dans des essais cliniques de phase I sur volontaires sains, sans effet secondaire relevé selon l'équipe. Les chercheurs travaillent avec les nanotechnologies pour cibler les cellules tumorales et attendent le feu vert de l'autorité saoudienne du médicament pour les phases suivantes. Des spécialistes internationaux se sont dits impressionnés tout en demandant des preuves supplémentaires validées par des pairs, la règle pour tout candidat médicament.
Ce chantier dit quelque chose d'important. La voie moderne de ce remède prophétique passe par l'isolement de ses molécules actives, leur purification et leur mise en forme pharmaceutique, exactement comme la pénicilline est sortie d'une moisissure et l'aspirine de l'écorce de saule. Qu'un jour un traitement anticancéreux porte dans sa notice l'origine que la sunna avait désignée, voilà une perspective dont la médecine prophétique n'a pas à rougir, et que nous suivons avec confiance et patience, sans précéder les conclusions de la science.
Comment l'urine de chameau s'utilise dans la tradition
Dans la péninsule arabique, les patients en consomment classiquement une centaine de millilitres par jour, seule ou mêlée au lait de chamelle comme dans le hadith, en cure limitée dans le temps. Les pharmacopées traditionnelles l'appliquent aussi en usage externe, sur les affections de la peau comme la teigne, la gale ou les abcès, et sur les cheveux, où elle est réputée contre les pellicules et pour la brillance de la chevelure. L'usage externe expose d'ailleurs beaucoup moins que la boisson, et c'est par lui que commencent la plupart des praticiens traditionnels.
Ces usages appartiennent aux pays d'élevage, où l'on connaît la bête, son état de santé et son alimentation, trois conditions qui font toute la qualité du produit. Les anciens choisissaient l'urine de chamelles jeunes, nourries des plantes du désert. Un flacon anonyme acheté en ligne n'offre aucune de ces garanties, et l'urine de chameau n'est de toute façon pas autorisée à la vente pour la consommation humaine en France.
| Ce que l'on dit | Où en sont les connaissances |
|---|---|
| La prescription prophétique | Établie par un hadith authentique (al-Bukhari et Muslim), pour un mal précis chez les gens de 'Urayna |
| Composition hors norme | Confirmée par l'analyse : sans ammoniac, pauvre en urée, dix fois plus minéralisée que l'urine humaine |
| Effets antifongiques, antiplaquettaires, anticancéreux | Observés en laboratoire et chez l'animal, en attente de confirmation par des essais cliniques |
| Un médicament contre le cancer | En développement en Arabie saoudite à partir de substances isolées de l'urine, essais en cours |
| Consommation crue | Déconseillée par l'OMS dans les zones touchées par le MERS-CoV, prudence sur l'origine et l'hygiène |
Les précautions d'un accompagnement responsable
Vous soigner par la tradition ne doit jamais vous exposer, et deux précautions s'imposent à quiconque envisage cet usage. D'abord le risque du MERS-CoV décrit plus haut, qui conduit l'OMS à déconseiller la consommation crue tant que dure cette situation. Quiconque suit cette tradition dans un pays d'élevage veillera donc à la santé vérifiée des bêtes et à l'hygiène de la collecte, et privilégiera l'usage externe dans le doute.
Ensuite, et c'est le point le plus important : si vous êtes sous traitement, en particulier pour un cancer, poursuivez-le sans interruption. Ce remède de la tradition accompagne les soins, il ne les remplace pas, dans l'attente du médicament que la recherche saoudienne s'efforce de mettre au point. Nos autres articles sur la graine de nigelle et la feuille de jujubier détaillent des remèdes de la sunna d'usage bien plus courant et sans ce type de réserve sanitaire.
L'urine de chameau est donc bien un remède de la médecine prophétique, prescrit par le Prophète ﷺ dans un hadith authentique et utilisé depuis des siècles par les peuples chameliers. La science moderne lui découvre une composition unique et des chercheurs saoudiens travaillent même à en tirer un médicament contre le cancer. En attendant leurs résultats, restez prudent sur l'origine du produit, privilégiez l'usage externe dans le doute et ne remplacez jamais un traitement médical en cours. La tradition nous a transmis ce remède, à nous de l'utiliser avec intelligence.
Questions fréquentes
Le hadith sur l'urine de chameau est-il authentique ?
Oui. Le récit des gens de 'Urayna est rapporté par al-Bukhari et Muslim, les deux recueils les plus authentiques. La discussion des savants porte sur sa portée, remède ciblé ou général, jamais sur son authenticité.
L'urine de chameau peut-elle soigner le cancer ?
Des effets anticancéreux réels ont été observés en laboratoire, et une équipe saoudienne développe un médicament à partir de substances isolées de cette urine, avec des essais cliniques en cours. En attendant leurs conclusions, aucun malade ne doit remplacer son traitement par ce remède ; les deux démarches se complètent, elles ne se substituent pas.
Comment se consomme-t-elle traditionnellement ?
En cure d'environ 100 ml par jour, seule ou mélangée au lait de chamelle conformément au hadith, et en usage externe sur la peau et les cheveux. La qualité dépend de la santé de l'animal et de son alimentation.
Est-elle pure en islam ?
Hanbalites et malikites la considèrent pure, s'agissant d'un animal dont la chair est licite. Hanafites et chafiites la tiennent pour impure et lisent le hadith comme une autorisation de soin par nécessité.
Peut-on en acheter en France ?
Elle n'est pas autorisée à la vente pour la consommation humaine en France et dans l'Union européenne, et les flacons qui circulent en ligne échappent à tout contrôle de l'animal et de la collecte, ce qui suffit à s'en détourner.
Que recommande l'OMS ?
D'éviter de boire du lait cru de chamelle et de l'urine de chameau dans les zones touchées par le coronavirus MERS, dont le dromadaire est le principal réservoir animal. Une donnée sanitaire de notre époque, qui appelle la prudence sans rien retirer au hadith.