Le Prophète ﷺ a confirmé que le mauvais œil est une réalité et il a enseigné deux traitements que rapportent Al-Boukhari, Mouslim, Abou Dâwoud et Ibn Mâjah. Lorsque vous savez qui a pu porter le regard, cette personne fait ses ablutions au-dessus d'un récipient, puis on verse cette eau sur la personne atteinte. Dans tous les cas, vous pouvez faire la roqya en récitant la Fâtiha, le verset du Trône, les trois dernières sourates du Coran et l'invocation de Jibrîl. Les amulettes, le plomb fondu, l'œuf ou les allumettes n'ont aucune base dans les textes, et des symptômes physiques qui durent demandent toujours l'avis d'un médecin.
Votre enfant se met à pleurer sans arrêt le soir où une voisine l'a trouvé magnifique, ou vous vous sentez vidé depuis que vous avez partagé trop vite une bonne nouvelle. Beaucoup de familles pensent directement au mauvais œil, que l'on appelle al-'ayn en arabe.
Le mauvais œil existe, le Prophète ﷺ l'a dit, et il a aussi montré comment s'en soigner. Un jour, 'Âmir ibn Rabî'a a vu Sahl ibn Hounayf se laver et s'est extasié devant sa peau, et Sahl est tombé par terre. Le Prophète ﷺ a demandé à 'Âmir de faire ses ablutions dans un récipient, on a versé cette eau sur Sahl, et il s'est relevé.
Ce lavage, la roqya avec le Coran et les invocations qu'il a enseignées forment ce que l'on appelle le traitement du mauvais œil par la médecine prophétique. Vous pouvez le faire chez vous, sur vous-même ou sur vos enfants, sans passer par un guérisseur et sans rien payer. Le plomb fondu, l'œuf cassé dans l'eau ou l'œil bleu accroché au cou du bébé viennent d'habitudes familiales, pas de la Sunna, et les savants les rejettent.
Le mauvais œil existe-t-il vraiment en islam ?
Oui. Abou Hourayra rapporte que le Prophète ﷺ a dit « Le mauvais œil est une réalité » (Al-Boukhari, n° 5740, et Mouslim, n° 2187). Dans la version d'Ibn 'Abbâs, il ajoute une phrase qui contient déjà la moitié du traitement.
« Le mauvais œil est une réalité. Si une chose pouvait devancer le destin, ce serait le mauvais œil, et lorsqu'on vous demande de vous laver, lavez-vous. »
Le Coran y fait aussi allusion. Dans la sourate Al-Qalam, Allah dit que les mécréants ont failli faire trébucher le Prophète ﷺ par leurs regards (sourate 68, verset 51), et Ibn 'Abbâs a expliqué ce verset par le mauvais œil. Dans la sourate Al-Falaq, le croyant demande protection « contre le mal de l'envieux quand il envie » (sourate 113, verset 5).
Le mauvais œil ne vient pas forcément d'une personne qui vous veut du mal. Dans l'histoire de Sahl ibn Hounayf, racontée plus bas, le regard venait d'un Compagnon qui admirait simplement sa peau, et Ibn al-Qayyim explique dans Zâd al-Ma'âd qu'une personne peut atteindre par son regard quelqu'un qu'elle aime, sans même le vouloir.
Comment savoir si on a le mauvais œil ?
Aucun verset ni aucun hadith ne donne de liste de symptômes du mauvais œil. Les raqis, c'est-à-dire les personnes qui pratiquent la roqya, parlent souvent d'une fatigue qui arrive d'un coup, de maux de tête, d'un visage qui pâlit ou d'une perte d'appétit. Ils évoquent aussi un dégoût soudain pour le travail et les études, ou un projet qui se bloque juste après que vous en avez parlé. Ces signes ressemblent pourtant à ceux d'une anémie, d'un problème de thyroïde, d'une dépression ou d'un simple surmenage, si bien qu'aucun d'eux ne permet de conclure à lui seul.
Dans les hadiths, le Prophète ﷺ part de ce qu'il voit après un regard d'admiration. Oumm Salama raconte qu'il a vu chez elle une petite fille qui avait une tache sur le visage, et qu'il a dit « Faites-lui la roqya, car le regard l'a atteinte » (Al-Boukhari, n° 5739, et Mouslim, n° 2197). Vous n'avez donc besoin d'aucun test pour commencer la roqya, puisqu'elle ne fait aucun mal même si le mauvais œil n'est pas en cause.
Faites les deux en même temps. Prenez rendez-vous chez votre médecin pour écarter une cause physique, et commencez la roqya chez vous sans attendre le résultat des analyses.
Comment enlever le mauvais œil selon la Sunna ?
Le Prophète ﷺ a enseigné deux soins contre le mauvais œil, que vous pouvez faire le même jour. Le premier demande la participation de la personne qui a porté le regard, alors que vous pouvez faire le second sans elle.
1. Le lavage de la personne qui a porté le regard
Abou Oumâma ibn Sahl raconte que 'Âmir ibn Rabî'a a vu son père, Sahl ibn Hounayf, en train de se laver, et qu'il s'est exclamé devant la beauté de sa peau. Sahl est tombé au sol sur-le-champ. Le Prophète ﷺ a demandé qui les gens soupçonnaient, puis il a dit à 'Âmir « Pourquoi l'un d'entre vous tuerait-il son frère ? Quand tu vois chez lui quelque chose qui te plaît, invoque la bénédiction pour lui » (Ibn Mâjah, n° 3509, hadith authentique).
Il a ensuite ordonné à 'Âmir de faire ses ablutions dans un récipient, puis on a versé cette eau sur Sahl, qui s'est relevé comme si de rien n'était. 'Âisha confirme que l'on ordonnait à la personne qui avait donné le mauvais œil de faire ses ablutions, et que la personne atteinte se lavait ensuite avec cette eau (Abou Dâwoud, n° 3880).
Ibn al-Qayyim rapporte dans Zâd al-Ma'âd la façon de faire qu'a décrite Az-Zouhrî, l'un des grands savants de la génération qui a suivi les Compagnons.
- La personne soupçonnée se place au-dessus d'une bassine ou d'un grand bol propre.
- Elle se rince la bouche et recrache l'eau dans le récipient, puis se lave le visage au-dessus.
- Elle se lave les mains et les avant-bras jusqu'aux coudes, puis les genoux et le bout des pieds, en laissant toute l'eau retomber dans le récipient.
- Elle passe enfin de l'eau sur la partie intérieure de son vêtement du bas, toujours au-dessus du récipient.
- On verse ensuite toute cette eau d'un seul coup sur la tête et le dos de la personne atteinte, en arrivant par derrière.
Le Prophète ﷺ a demandé à la personne sollicitée d'accepter, en disant « lorsqu'on vous demande de vous laver, lavez-vous ». Dans la vie de tous les jours, on ose rarement soupçonner une belle-sœur ou une collègue. Vous pouvez alors demander l'eau des ablutions à toutes les personnes présentes ce jour-là sans désigner personne, ou expliquer que vous suivez une Sunna sans accuser qui que ce soit.
2. La roqya contre le mauvais œil
'Âisha rapporte que le Prophète ﷺ lui a ordonné de faire la roqya contre le mauvais œil (Al-Boukhari, n° 5738, et Mouslim, n° 2195). Asmâ' bint 'Oumays lui a aussi demandé si elle devait faire la roqya aux enfants de Ja'far, que le mauvais œil atteignait facilement, et il a répondu oui (At-Tirmidhî, n° 2059). Pour traiter le mauvais œil par le Coran, vous n'avez besoin ni de raqi ni de rendez-vous, et vous pouvez faire ce soin sur vous-même, sur votre enfant ou sur votre conjoint.
Récitez sur la personne les passages suivants, en posant si possible la main sur l'endroit qui fait mal et en soufflant légèrement après la lecture, comme le Prophète ﷺ le faisait avec les sourates protectrices (Al-Boukhari, n° 5017).
- La Fâtiha : des Compagnons l'ont récitée sur un chef de tribu piqué par un scorpion, et le Prophète ﷺ a approuvé leur geste en demandant « Comment savais-tu que c'est une roqya ? » (Al-Boukhari, n° 5749).
- Le verset du Trône, Âyat al-Koursî (sourate 2, verset 255).
- Les sourates Al-Ikhlâs, Al-Falaq et An-Nâs : Abou Sa'îd rapporte que le Prophète ﷺ cherchait protection contre les djinns et le mauvais œil des hommes jusqu'à la révélation des deux dernières, et qu'il a ensuite laissé tout le reste pour ne garder qu'elles (At-Tirmidhî, n° 2058, jugé authentique par Al-Albânî).
- L'invocation de Jibrîl, qui est venu la réciter sur le Prophète ﷺ lorsqu'il était malade (Mouslim, n° 2186).
بِاسْمِ اللَّهِ أَرْقِيكَ، مِنْ كُلِّ شَيْءٍ يُؤْذِيكَ، مِنْ شَرِّ كُلِّ نَفْسٍ أَوْ عَيْنِ حَاسِدٍ، اللَّهُ يَشْفِيكَ، بِاسْمِ اللَّهِ أَرْقِيكَ
« Bismillâhi arqîk, min kulli chay'in yu'dhîk, min charri kulli nafsin aw 'ayni hâsid, Allâhu yachfîk, bismillâhi arqîk » — au nom d'Allah je te fais la roqya, contre tout ce qui te fait du mal, contre le mal de toute âme et de tout œil envieux, qu'Allah te guérisse, au nom d'Allah je te fais la roqya.
Recommencez chaque jour tant que le mal dure, car aucun texte ne fixe de nombre de jours ni de nombre de lectures, et méfiez-vous de ceux qui vendent des programmes à durée fixe en les présentant comme une Sunna. Vous pouvez y ajouter les invocations que le Prophète ﷺ disait sur un malade, comme « Allâhumma rabba n-nâs, adhhib il-ba's », ainsi que le geste que le Prophète ﷺ faisait pour se soigner avec la terre lorsque la douleur touche un endroit précis.
3. Boire et se laver avec l'eau de roqya
Beaucoup de familles récitent la roqya sur un verre ou une bouteille d'eau, puis le malade en boit et se lave avec le reste. Ibn al-Qayyim rapporte de Moujâhid et d'Abou Qilâba qu'ils écrivaient des versets, les diluaient dans l'eau et faisaient boire le malade, et plusieurs savants, dont le cheikh Ibn Bâz, ont autorisé de réciter en soufflant dans l'eau.
Contre la sorcellerie, les savants citent aussi sept feuilles de jujubier écrasées dans l'eau, une méthode rapportée de Wahb ibn Mounabbih. Vous ne trouverez en revanche aucun hadith qui prescrive ce bain contre le mauvais œil, et la récitation du Coran reste le cœur du soin dans les deux cas.
Quelles invocations dire pour se protéger du mauvais œil ?
Le Prophète ﷺ a recommandé à ses Compagnons des adhkâr du matin et du soir qui protègent de tout mal, mauvais œil compris, et ces douas ne prennent que quelques minutes par jour.
- Matin et soir : récitez les sourates Al-Ikhlâs, Al-Falaq et An-Nâs trois fois le matin et trois fois le soir. Le Prophète ﷺ a dit à 'Abdallah ibn Khoubayb qu'elles lui suffiraient contre toute chose (Abou Dâwoud, n° 5082, et At-Tirmidhî, n° 3575).
- Avant de dormir : récitez le verset du Trône, puisque le Prophète ﷺ a confirmé qu'Allah place alors un gardien auprès de vous et qu'aucun diable ne vous approche jusqu'au matin (Al-Boukhari, n° 2311).
- Le soir : lisez les deux derniers versets de la sourate Al-Baqara, car le Prophète ﷺ a dit qu'ils suffisent à celui qui les récite pendant la nuit (Al-Boukhari, n° 5009, et Mouslim, n° 807).
- Au coucher : réunissez vos mains, soufflez dedans en récitant les trois sourates protectrices, puis passez-les sur votre corps en commençant par la tête, et refaites ce geste trois fois (Al-Boukhari, n° 5017).
Pour vos enfants, dites l'invocation par laquelle le Prophète ﷺ protégeait Al-Hasan et Al-Housayn, en rappelant qu'Ibrâhîm protégeait de la même façon Ismâ'îl et Ishâq.
أُعِيذُكُمَا بِكَلِمَاتِ اللَّهِ التَّامَّةِ، مِنْ كُلِّ شَيْطَانٍ وَهَامَّةٍ، وَمِنْ كُلِّ عَيْنٍ لَامَّةٍ
« U'îdhukumâ bi-kalimâti Llâhi t-tâmmati, min kulli chaytânin wa hâmmah, wa min kulli 'aynin lâmmah » — je vous place sous la protection des paroles parfaites d'Allah, contre tout diable, toute bête nuisible et tout œil malveillant.
Pour un seul enfant, dites « U'îdhuka » à un garçon et « U'îdhuki » à une fille.
Comment éviter de donner soi-même le mauvais œil ?
Vous pouvez atteindre quelqu'un sans le vouloir, comme 'Âmir ibn Rabî'a, à qui le Prophète ﷺ a reproché de ne pas avoir invoqué la bénédiction. Lorsque l'enfant d'une amie, la maison d'un voisin ou la réussite d'un collègue vous impressionne, dites « Bârak Allâhou fîh » ou « Allâhoumma bârik 'alayh », qu'Allah le bénisse. Vous pouvez ajouter « Mâ châ' Allâh, lâ qouwwata illâ billâh », la phrase que le Coran enseigne devant un bien qui plaît (sourate 18, verset 39).
Vous pouvez aussi vous protéger par la discrétion. Dans la sourate Yoûsouf, Ya'qoûb demande à ses fils de ne pas entrer en ville par une seule porte (sourate 12, verset 67), et Ibn Kathîr rapporte d'Ibn 'Abbâs et de Moujâhid qu'il craignait pour eux le mauvais œil parce qu'ils étaient nombreux et beaux. Rien ne vous oblige à publier chaque photo de votre bébé, chaque achat ou chaque bonne nouvelle sur les réseaux sociaux, surtout tant que votre projet n'est pas terminé.
Faut-il un œil bleu, du sel ou un œuf contre le mauvais œil ?
Non. Le Prophète ﷺ a dit « Celui qui accroche une amulette a commis du chirk » (Ahmad, n° 17422, d'après 'Ouqba ibn 'Âmir, hadith jugé authentique par Al-Albânî). La main de Fatma, l'œil bleu ou le fil rouge noué au poignet de l'enfant entrent dans cette interdiction, parce que le cœur finit par compter sur l'objet au lieu de compter sur Allah. Les savants divergent sur les amulettes qui ne contiennent que des versets du Coran, et beaucoup les interdisent aussi pour fermer la porte aux autres.
Le Prophète ﷺ a accepté les roqyas que les gens pratiquaient avant l'islam à une seule condition, en leur disant « Présentez-moi vos roqyas, il n'y a pas de mal à la roqya tant qu'elle ne contient pas de chirk » (Mouslim, n° 2200). Le tableau reprend les pratiques les plus courantes pour enlever le mauvais œil, avec ce que les savants en disent.
| Pratique | Ce qu'en disent les textes et les savants |
|---|---|
| Lavage de la personne qui a porté le regard | Sunna, que le Prophète ﷺ a ordonnée (Ibn Mâjah, n° 3509 ; Abou Dâwoud, n° 3880). |
| Roqya avec le Coran et les invocations | Sunna, ordonnée à 'Âisha (Al-Boukhari, n° 5738 ; Mouslim, n° 2195). |
| Adhkâr du matin, du soir et du coucher | Sunna, la protection de tous les jours (Abou Dâwoud, n° 5082 ; Al-Boukhari, n° 2311). |
| Plomb fondu versé dans l'eau | Sans aucune origine selon le cheikh Ibn Bâz, qui l'assimile aux procédés des charlatans (fatwa Islamweb n° 424528). |
| Allumettes passées sept fois devant le malade | Innovation que les savants d'IslamQA rapprochent des pratiques des magiciens (réponse n° 178428). |
| Œuf cassé dans l'eau pour « lire » le mal | Aucune base dans le Coran ni la Sunna, et prétendre y lire l'origine du mal revient à de la divination. |
| Sel ou huile d'olive « contre l'œil » | Aucune base contre le mauvais œil. L'huile d'olive figure dans la Sunna comme aliment et pour s'en oindre (At-Tirmidhî, n° 1851). |
| Main de Fatma, œil bleu, fil rouge | Amulettes, que le hadith de 'Ouqba ibn 'Âmir qualifie de chirk (Ahmad, n° 17422). |
Méfiez-vous aussi du raqi qui vous fait payer pour « détecter » le mal, qui prétend savoir qui vous a jeté l'œil, qui fait parler un djinn pour obtenir un nom ou qui demande à rester seul avec une femme. Le Prophète ﷺ a permis de payer une roqya en disant « Ce qui mérite le plus que vous preniez un salaire, c'est le Livre d'Allah » (Al-Boukhari, n° 5737). Personne ne vous oblige à passer par un raqi pour faire ce que la Sunna vous permet de faire seul.
Quand faut-il penser à autre chose qu'au mauvais œil ?
Le Prophète ﷺ a dit « Soignez-vous, car Allah n'a pas placé de maladie sans lui placer un remède » (Abou Dâwoud, n° 3855, et At-Tirmidhî, n° 2038). La roqya ne dispense donc jamais de consulter. Il faut voir un médecin rapidement si la fatigue dure plus de quelques semaines, si vous perdez du poids sans raison, si quelqu'un perd connaissance, ou si un enfant a de la fièvre, mange moins ou dort mal plusieurs jours de suite.
Certaines personnes finissent par voir le mauvais œil partout. Elles n'osent plus parler de leurs projets, soupçonnent chaque visite et passent leurs journées à écouter des roqyas, alors que l'angoisse s'installe un peu plus chaque semaine. Ce qu'elles vivent ressemble alors davantage à de l'anxiété ou à du waswas qu'à une atteinte par le regard, et un accompagnement en psychologie islamique peut les aider à retrouver la paix sans abandonner leurs adhkâr.
Lorsque des symptômes physiques durent malgré le suivi médical, nos spécialistes peuvent vous remettre un protocole écrit de remèdes prophétiques avec les quantités, le moment de prise et la durée du traitement, toujours en complément de votre médecin.